Ce petit roman écrit en 1936
fait partie des grands livres de sa
maturité :
« Adam et Eve », «
Besoins de grandeur », «
Si le Soleil ne revenait pas »,
entre autres.
« Il n’a pas pris une ride
: l’ambiance y est, l’action
navigue avec virtuosité entre
la description réaliste de la
vie des « mariniers », des
pêcheurs et des matelots et les
rêves de Joseph, d’une vie
« ailleurs » personnalisée
par une trapéziste du Cirque
Continental qu’il a vu une fois
dans la « grande ville »,
à Lausanne, et qui nourrit ses
phantasmes jusqu’à la destruction
et à l’autodestruction
de l’autre part.
L’image du chapiteau se trouve
déjà dans le journal intime
de Ramuz de onze, douze ans : dans un
poème intitulé «
A une étoile », l’élève
insoumis, déjà à
cette époque, « sous prétexte
de faire ses devoirs, contemplait le
ciel et les étoiles qui lui apparaissaient
comme par une lucarne, à travers
les arbres ».
Donc le plafond du cirque, le firmament
du ciel comme escapisme du monde réel
contraignant, […] quand le cirque
et la trapéziste deviennent une
possible sortie de secours pour échapper
à la vie de paysan, personnalisé
par Georgette. La lucarne, elle, apparaît
dans le roman sous la forme du trou
au milieu du chapiteau, par lequel la
miss disparaît. […] Les
pôles extrêmes, symétriques
dans l’œuvre de Ramuz sont
le ciel et le lac, donc l’espace
de la trapéziste et celui de
Joseph : pauvre Georgette, quel rôle
jouera-t-elle dans tout ça, elle,
attachée à la terre, comparée
à un animal gentil. […]
Il ne s’agit pas du tout de littérature
folklorique, mais d’un livre dur,
mais fort, qui donne un tableau véridique,
une tranche de vie de l’histoire
des paysages et de la population du
bassin lémanique : la disparition
du métier des matelots des barques,
les « mariniers », quand
les belles barques à voile ont
disparu, et les « chalands »,
les grand paquebots motorisés
sont arrivés pour annoncer une
nouvelle époque avec leur bruit
et leurs gaz d’échappement
qui empestent l’air divinement
vivifiant sur la surface de l’eau…
le progrès quoi ! »