Charles-Ferdinand Ramuz est né
le 24 septembre 1878 à Lausanne,
à proximité de la Riponne,
cette place sur laquelle il dressera
le chapiteau du cirque Continental dans
le « Garçon savoyard ».
Sa mère descendait d’une
famille de vignerons de Cully et comptait
le fameux major Davel parmi ses ancêtres.
En 1914, en rentrant de Paris, où
il avait vécu plusieurs années,
il s’établit avec sa femme
et sa fille dans un grand appartement
d’une vieille demeure dont les
assises plongent dans le lac, à
Treytorrens, à côté
de Cully. Ramuz, installé au
troisième étage voit de
sa fenêtre Meillerie, où
il situera une grande partie de son
« Garçon savoyard ».
C’est dans cette chambre haute
qu’il écrit « La
guérison des maladies »,
dont l’action se passe dans une
bourgade qui ressemble à Cully.
Plusieurs de ses récits évoquent
les travaux des vignes ; notamment «
Vigneons » (1919) et « Vendanges
» (1927). Mais c’est sans
conteste dans son roman « Passage
du poète », qu’il
décrit avec le plus de vérité
ce coin de pays, par son personnage
Bovard :
« … Et le bon Dieu lui-même
a décidé que ce serait
en vignes, ayant orienté le mont
comme il convient, se disant :
Je vais faire une belle pente tout exprès,
dans l’exposition qu’il
faut, avec l’inclinaison qu’il
faut, et je vais mettre encore dans
le bas la nappe de l’eau pour
qu’il y ait ainsi deux soleils
sur elle. […]
Le bon Dieu a commencé, nous
on est venu ensuite et on a fini…
Le bon Dieu a fait la pente, mais nous
on a fait qu’elle serve, on a
fait qu’elle dure : alors est-ce
qu’on la reconnaîtrait seulement
à présent, dit-il encore,
sous son habillement de pierre ? . […]
Et ce n’est plus du naturel, c’est
du fabriqué ; c’est nous,
c’est fabriqué par nous,
ça ne tient que grâce à
nous ; ça n’est plus une
pente, c’est une construction,
c’est une tour, c’est un
devant de forteresse… »